La Nostalgie des Blattes

De Pierre Notte

02/02 > 12/02

Deux femmes âgées sont assises côte à côte dans un espace nu. Elles attendent des spectateurs qui ne viennent pas. Cela se passe dans un monde entièrement aseptisé où il est interdit de fumer, de manger du sucre et du gluten, où il n’y a plus d’insectes, ni de rats, ni de champignons, où les « brigades sanitaires » veillent au respect des règles d’hygiène. L’une était comédienne bienpensante, l’autre prostituée, mais ce qu’elles ont en commun, la curiosité qu’elles présentent, c’est leur corps qui a vieilli sans aucune intervention de chirurgie esthétique. Par moment, elles entendent des grondements d’engins volants qui s’écrasent non loin d’elles alors qu’elles guettent l’arrivée d’une hypothétique résistance.

Pierre Notte nous parle de deux vieilles peaux, vivant dans un monde hygiéniste, aseptisé : ni blattes, ni grain de poussière, plus le moindre défaut. Tout est botoxé, lissé, gommé. Elles sont les dernières vieilles « authentiques », les dinosaures d’un temps passé que l’on vient visiter comme dans une foire aux monstres ou un musée, que l’on vient scruter, examiner, sonder. Seulement voilà, aujourd’hui, personne ne vient… Elles vont alors se scruter l’une l’autre, se juger, se jauger, se brimer, se chahuter, se persécuter pour finalement se reconnaître et… s’aimer ! Le tout dans une écriture tonitruante et drôlissime. Une déferlante de répliques toutes plus cinglantes et plus cyniques les unes que les autres et qui, au final, nous parlent de l’essentiel : l’amour, la solitude, la décrépitude, la mort.


Avec

Julie Duroisin et Julie Lenain

Conception & Mise en scène

Hélène Theunissen

Scénographie & costumes

Charly Kleinerman

Note d’intention

La mise en scène s’est faite dans le respect absolu du texte, de sa poésie inhérente et surtout de son rythme en étroite collaboration avec les actrices et leurs désirs. Le fait d’avoir deux comédiennes jeunes qui s’emparent des rôles est plus une richesse qu’un obstacle. Elles ont l’énergie et la distance. Pas de réalisme ou d’identification mais du jeu au service de deux figures universelles.

Le monde d’aujourd’hui veut nier l’âge et prône les valeurs de « jeunisme », la « forme à tout prix », « la beauté à tout prix ». Les réfractaires à ces dogmes sont culpabilisés. Il se pourrait donc bien qu’un jour, la vieillesse authentique n’existe plus. Sinon quelques représentant(e)s montré(e)s du doigt.

Ces deux comédiennes hyper talentueuses abordent le thème de la vieillesse avec la distance de leurs trente ans. C’est tout l’enjeu du spectacle.

Hélène Theunissen

Mot de l’auteur

« La Nostalgie des blattes » c’est deux corps arrêtés, assis de tout temps, immobiles et finis. Ce qui s’opère sur le plateau c’est la quête de deux figures cassées, appelées à se reconstruire, ensemble. Elles pourraient aussi bien être deux hommes, un homme et une femme, deux enfants, ou peu importe. Rigueur radicale, rythme tenu, tension préservée, musique théâtrale d’un mystère qui avance, d’un temps qui va de l’obscurité vers la lumière, de l’enfermement vers la liberté.

C’est une fête catastrophique, deux forces contraires, la lumière et la noirceur, l’espoir et la résignation. Et deux classes sociales, deux façons de voir, de ne pas voir, de s’asseoir, d’être au monde. Deux figures qui, l’une sans l’autre, meurent de deux manières opposées mais qui, ensemble, se lèvent et repartent. Au bout de la pièce, elles auront un projet commun : se lever et partir. La vie trouve toujours une sortie. Perdre les vieilles peaux, renaître.

Pierre Notte